PHOTO DE FICHIER : Christine Lagarde, présidente de la BCE, s'adresse à la presse à Francfort
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, prévoit de quitter son poste avant la fin officielle de son mandat, en amont de l'élection présidentielle en France prévue en 2027, afin de permettre au président Emmanuel Macron d'avoir son mot à dire dans le choix de son successeur, rapporte mercredi le Financial Times (FT).
Réagissant à cette information, la BCE affirme qu'aucune décision n'a été prise.
"La présidente Lagarde est pleinement concentrée sur sa mission et n'a pris aucune décision concernant la fin de son mandat", a déclaré un porte-parole de l'institution de Francfort.
Le mandat de Christine Lagarde doit s'achever en principe en octobre 2027, après l'élection présidentielle française prévue au printemps de la même année. En cas de victoire du candidat du Rassemblement national (RN), formation d'extrême droite, certains observateurs font remarquer que cela pourrait compliquer les plans pour la succession de Christine Lagarde sein de la BCE, la plus importante institution financière d'Europe.
Citant une source proche du dossier, le FT a indiqué que Christine Lagarde n'avait pas encore arrêté la date précise de son départ, mais qu'elle souhaitait qu'Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz soient les principaux décideurs quant à sa succession. Emmanuel Macron ne peut briguer un troisième mandat.
La réaction mesurée de la BCE à l'information du FT marque une rupture par rapport aux précédents communiqués concernant Christine Lagarde. L'année dernière, lorsque le quotidien économique et financier britannique avait suggéré que celle-ci pourrait quitter ses fonctions prématurément, la BCE avait affirmé qu'elle était "déterminée à aller au bout de son mandat".
Sur les marchés financiers, les réactions sont pour le moment également modérées. Les rendements obligataires et l'euro sont restés quasiment inchangés en début de séance, signe que les investisseurs n'anticipent pas de changement de direction susceptible d'entraîner une modification majeure de la politique monétaire de l'institution.
Vers 09h50 GMT, l'euro se traite à 1,1835 dollar, en repli de 0,14%, après avoir touché en séance un creux du jour à 1,1829. Le rendement du Bund allemand à dix ans, référence pour la zone euro, s'affiche à 2,7419%, quasiment stable, après avoir évolué en séance dans une fourchette de 2,740% à 2,755%.
"Je ne pense pas que cela changera grand-chose pour l'euro à court terme, car il reste encore beaucoup de points à discuter", a déclaré Chris Turner, responsable marchés chez ING.
DES RUMEURS SELON VILLEROY DE GALHAU
Les informations du Financial Times interviennent alors que le gouverneur de la Banque de France (BdF), François Villeroy de Galhau, a annoncé la semaine dernière qu'il quitterait son poste début juin, soit un peu plus d'un an avant la fin de son mandat.
"J'ai lu une rumeur concernant Mme lagarde, je l'ai découverte, cela ne me paraît pas être une information, je laisse la BCE commenter mais c'est une rumeur", a déclaré François Villeroy, devant une commission du Parlement français.
Le gouverneur de la Banque de France a par ailleurs réaffirmé mercredi que sa décision de quitter la BdF relevait d'un choix personnel alors que des spéculations font état d'une pression de l'Elysée, le gouverneur et les sous-gouverneurs de la BdF étant nommés par décret en Conseil des ministres.
Concernant Christine Lagarde, même si la nomination de son successeur est du ressort de l'ensemble des dirigeants des 21 pays de la zone euro, le passé récent suggère que le candidat retenu devra bénéficier du soutien à la fois de l'Allemagne et de la France pour décrocher le poste.
Il n'y a pas encore de candidats officiels pour le poste, mais plusieurs noms circulent dans les cercles de la BCE.
Parmi les noms les plus en vue sont ceux de l'ancien gouverneur de la banque centrale néerlandaise Klaas Knot, le directeur général de la Banque des règlements internationaux (BRI) Pablo Hernandez de Cos et le président de la Bundesbank Joachim Nagel.
Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a également fait part de son intérêt pour le poste, mais les membres du conseil des gouverneurs disposent de mandats non renouvelable, ce qui pourrait être un obstacle pour sa candidature.
Le poste convoité pourrait revenir à une personnalité non attendue, le nom de Christine Lagarde n'ayant émergé en 2019 que peu de temps avant sa nomination.
MOMENT DE NIRVANA POUR LES BANQUIERS CENTRAUX
Un départ anticipé de Christine Lagarde, dont le mandat de court jusqu'au 31 octobre 2027, s'effectuerait à un moment relativement calme pour l'institution.
L'inflation en zone euro est conforme à l'objectif fixé à moyen terme, le principal taux directeur est présenté comme neutre et la croissance économique du bloc est proche de son potentiel, une combinaison rare présentée comme un nirvana pour les banquiers centraux.
La plupart, voire la quasi-totalité, des décisions majeures de la BCE étant prises par consensus, sans vote formel, il est peu probable qu'un changement à la tête de la banque modifie sa politique.
Les marchés s'attendent actuellement à ce que la BCE maintienne ses taux pour le reste de l'année, mais une incertitude exceptionnelle dans l'environnement mondial pourrait rapidement modifier cette perspective. Le taux de dépôt de la BCE est 2% depuis juin 2025.
Avant de prendre la tête de la BCE, Christine Lagarde a été directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) de 2011 à 2019 et ministre des Finances en France de 2007 à 2011.
(Ananya Palyekar à Bangalore et Balazs Koranyi à Francfort; avec la contribution de Samuel Indyk et Rocky Swift; version française Camille Raynaud, Mara Vîlcu et Claude Chendjou, édité par Augustin Turpin)

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